Pierre-Eugène CLAIRIN

“Quelles pages émues ne lui ont pas inspiré le val de Saint Loup-de-Naud et les bois et les plateaux voisins !”Abbé Jean Perrin  (« Le peintre et le graveur P.-E. Clairin », année 1980 n°31 de la Revue d’Histoire et d’Art de la Brie et du Pays de Meaux  ) Avec l’accord de l’auteur.
“Clairin, lui, a accepté que le monde et la réalité lui proposent des limites. Il s’est contenté apparemment, de choisir ses lumières et ses ombres, d’enfermer dans le trait de la gravure la fine et insaisissable lumière de l’Ile de France…Cette discrétion me parait sans prix.” Albert Camus (Pierre Clairin. Ed. Rombaldi)

Peintre, lithographe, graveur, académicien, Pierre-Eugène CLAIRIN est né à Cambrai en 1897 et est mort le 7 juillet 1980, de retour à St Loup d’une de ses expositions en Bretagne.
Fils de militaire, rien ne le destinait à la peinture si ce n’est que son oncle Georges Clairin, compagnon de Sarah Bernhardt était peintre également et ce fut grâce à lui s’il rentra aux Beaux-Arts, dans l’atelier du peintre Cormon dont l’enseignement ne lui convint pas.
Durant la guerre de 14, d’abord engagé dans la cavalerie puis dans l’aviation, il obtint la Croix de Guerre, la Médaille Militaire et la Légion d’Honneur. Certaines de ses lithographies retracent des épisodes de guerre avec son avion" Mon Sop"comme il aimait à le dire. Blessé, il s’inscrivit à l’Académie Ranson avec Sésusier comme professeur.

Sérusier se prend d’affection pour Clairin et l’invite à travailler chez lui. Dès 1918, commence sa période « bretonne » et les amitiés avec les peintres de Pont-Aven qui hantent l’Hôtel de la Poste : Correlleau, Compard, Asselin, Émile Jourdan, Jean Puy, Ortiz de Zarate, Daucho, Jobert, Delavallée, Loiseau, Dignimont, Chas Laborde, Oberlé, mais aussi avec les écrivains : Max Jacob, Liam O’Flaherty, Pierre Mac Orlan. 

Sérusier, son maître le présente à Maurice Denis et à Vuillard, qui lui donnera des conseils à propos de la lithographie (gravure sur pierre), dont il deviendra un maître incontesté, lui aussi. En 1920, Fenéon lui ouvre les yeux du côté de Cézanne.
À partir de 1921, il expose aux Indépendants, puis dans les plus grandes galeries : Weil, Druet, Blot, Bernheim (sous contrat) et chez Zborowski. Il expose aux États-Unis, à Amsterdam et séjourne deux années à Alger à la Villa Abdel Tif. En 1935, il achète à Saint Loup le Moulin des Osiers et s’y installe en 1937 partageant sa vie entre St Loup et Paris. Il expose au Salon d’Automne à Paris, décore en 1937 le Pavillon de l’Ile de France, en 1939 le Conservatoire National de Musique de Paris, en 1951 le Groupe scolaire de la Ville-Haute à Provins, en 1962 l’École primaire de filles de Provins, Ville-Basse, offre un grand panneau (peinture à l’œuf) à l’école primaire de Saint Loup (1959) et décore le Lycée de Vincennes, plus tard il décorera également le paquebot France. Il expose à Berlin, à La Haye, à Alger, à Londres.
Mobilisé pendant la guerre comme lieutenant pilote, il est démobilisé en 40, retourne à Saint Loup de Naud et y forme un groupe de résistants. Son fils, Luc est déporté à Buchenwald en 43. Durant cette période, il attire à Saint Loup Maurice Mourlot, peintre et lithographe qui s’y installera définitivement, le sculpteur Damboise, bien connu des vieux habitants de Courton, ami d’Albert Camus. Ce dernier va faire un séjour au Moulin des Osiers.

 En 1945, Camus préfacera son exposition à la Galerie Charpentier. On rencontre également chez lui, de Segonzac, Lhote ou Jean Follain. En 1947, Clairin est nommé Membre Titulaire de la Société des Peintre Graveurs Français et Membre du Comité du Livre illustré à la Bibliothèque Nationale et la même année, Camus préfacera un ouvrage sur ses gravures (Collection « Les Maîtres de l’Estampe Française contemporaine » éditions Rombaldi). En 51, Clairin illustrera pour lui, « Noces » (bois couleurs), et en 54, « La femme adultère » (lithos).
Après la guerre, il exposera sans discontinuer dans les plus grandes galeries parisiennes, Charpentier, Katia Granoff, André Maurice, Sagot le Garrec. Il illustrera des livres de Kipling, de Valéry Larbaud, de F. Carco, de Montherlant, de Chabaneix, de P.J. Toulet, de Giraudoux, de Saint-Exupéry, de Mermoz, de Kessel, de J. Follain, de Pierre Benoît. Il expose à Londres et à New York. En 1957, il reçoit le Grand Prix d’Ile de France et expose au Musée de Sceaux. En 1958, il devient professeur de lithographie à l’école des Beaux Arts de Paris et est élu membre de l’Institut en 1969. Il se rend au Japon et fonde un atelier de lithographie. Il sera reçu par le grand écrivain, prix Nobel de Littérature, Kawabata dont il a peint de magnifiques portraits. Il se rend également en Afrique du Sud où il anime au Cap, des Ateliers d’Art Graphique. En 1970, il est élu Président de la Société des Peintres Graveurs. En 1971, il expose à la galerie Fouillen à Quimper dans une rétrospective "50 ans d’Amour breton" en 1973, chez Wildenstein à Londres et chez Weil à Paris. En 1974, il devient le parrain de la Galerie "À l’Atelier d’Ernes" à Pont-Aven, qui présente depuis des expositions permanentes de son œuvre. En 1977, la Bibliothèque Nationale lui rend un hommage vibrant.
Cette même année meurt à Saint Loup, Line, sa deuxième épouse souvent représentée dans son œuvre. En 1980, il expose chez Berheim-Jeune et à Pont Aven dans une grande rétrospective “Soixante ans de peinture”. De retour de cette ville tant aimée des peintres, il meurt en rentrant chez lui, le 7 juillet 1980.
Il laisse une œuvre magistrale tant par le nombre de tableaux que par leur diversité. Peintre à l’huile mais aussi superbe aquarelliste et lithographe, en dehors de modes, discret, cultivé, attachant, entre deux mondes, il ne laissera pas indifférentes les générations à venir.